Légitime défiance

  Dix ans de ratures, dix ans d’écriture, cent soixante seize textes, écrits entre 1981 et 1991. Périlleux besoin de rimer comme un impérieux  besoin de respirer.
Jean-Luc Lécaillé prend son pied à faire des vers et ça se voit. Aux vers doses de rêves et de révoltes.

     Vers insolents, vers insolites, vers qui touchent incidemment, vers qui font mouche insidieusement, vers lucides, vers acides, vers ébréchés qui font saigner…

    Jean-Luc Lécaillé constate, il conteste, il contraste : la vie, la mort, l’amer, le blanc, le noir, le vert, la guerre, la paix, la politique…

    Il bouscule les conventions et la normale pour mieux basculer dans le marginal. 

     Il joue avec le sens des mots et en tire la leçon, il joue avec le son des mots et en tire là l’essence.

     Jean-Luc Lécaillé nous atteint parce qu’il nous entend.

Vers qui font tilt, vers qui vont-ils ? Vers vous j’espère comme une LEGITIME DEFIANCE.

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Extraits

Le monde est une marmite
Qui bout
Bourrée de dynamites

On essaie de se tenir
Debout
Entre hier et l’avenir

Pas facile d’être sur ce fil d’acier
J’espère que mes mots te servent de balancier…

(extrait de Faut vivre)

Moi pas doux doux rêveur
Moi pas mouton suiveur
Sympa
Moi pas être dans la ronde
Pas marcher comme tout le monde
Au pas

Moi quitter le navire
Moi pas vouloir servir
D’appâts
Pas prendre les chemins qui mènent
A Rome pas dire Amen
Moi pas

Moi vilain petit canard
Le pavé dans la mare toujours
Moi déboucher le siphon
Des résignés qui font les sourds
Moi mettre les pieds dans le plat
Quand il faut ou faut pas
Dire Merde
Moi être un peu inquiet
Dand ce grand échiquier
Où je n’ai rien à perdre…

(extrait de Rien à perdre)

Monde de dingues
De flingues de seringues
De drôles de fringues
Tire ton épingle
De cette jungle
Pleine de gugusses…

Monde gadgets
Que tu achètes
Et que tu jettes
Pochettes-voyages
Couvrant les pages
Des prospectus…

Monde déçu
Voies sans issue
Pour cette norme
De gens qui dorment
Dans ce conforme
Coté largus…

(extrait de Eucalyptus)

Lenteur
Pesanteur
Du temps
Par instant

Lourdeur
De climat
Douleurs
D’estomac

Dans cet après midi d’été
C’était comme si tout était
Comme arrêté

Le blé se balance
Le reste est silence
Et ma plaine endormie
Est en pleine accalmie

Oui mais moi je vais vous retrouver…

Est-ce ma faute à moi si tout me paraît vivre
Là où les gens ne voient que mort et vacuité
Est-ce ma faute à moi si je remplis mes fibres
Du sang de votre sève en toute impunité

Est-ce ma faute à moi si vous me donnez la force
D’être ce que je suis cet unique défi
Est-ce ma faute à moi s’il y a sous mon écorce
A chaque battement de mon coeur un peu de votre vie…

Je vous porte dans moi comme une certitude
De n’être sûr de rien…

(extrait de Je vais vous retrouver)

Le temps

C’et toi et moi liés et puis c’est plus personne
Un regard oublié et ces cloches qui sonnent
Cette cigarette qui fume là dans un cendrier
Cette date entourée sur un calendrier

Le temps

C’est ce printemps qui naît et qui n’est plus pour nous
Qu’un souvenir perdu qu’une plaie aux genoux
C’est le blé  mûr qui lève et la blessure qui passe
Et c’est la marée haute et c’est la marée basse…

(Extrait de Le temps)

Depuis des siècles que tant de mecs meurent
Doit y avoir du monde au balcon
Car si j’en crois crois la rumeur
Dieu accepte même les cons

Les convaincus
Qui ne doutent de rien
Qui ont vécu
En faisant tout bien

Les conseillers
Pas les meilleurs
Faut se payer
Toutes leurs erreurs…

(extrait de Les cons)

L’amitié c’est ce vieux chêne au loin qui tient
Malgré la pluie le vent qui souffle
C’est quand mon mal ressemble au tien
Qu’on ne sait plus qui des deux souffre…

C’est vivre ensemble les mêmes pépins
Les mêmes joies les mêmes fringales
Partager le même bout de pain
En août les crécelles des cigales…

Mêmes mois que moi même toit que toi
Destins distincts chacun doit vivre
Je suis ta voix tu suis ma voie
Témoin de loin mais mêmes fibres

(extrait de L’amitié)